Antoine Boute, Stéphane de Groef et Adrien Herda appréhendent l’avenir avec une confiance aveugle. En témoigne ce Manuel de Civilité Biohardcore qui, dans une explosion de couleurs, de poésie et de typographies, recompose le quotidien avec des conseils pour aborder la vie sereinement en branchant un Kärcher aux égouts pour dégager une piste de pétanque ou en emmenant ses enfants camper dans un « spot bien déglingue » pour les réveiller en leur faisant croire qu’ils passent a la télé.

A la manière de planches pédagogiques et éducatives, éléments narratifs, injonctions politiques et environnementales se digèrent les uns les autres pour former un ensemble fascinant, d’ou se dégagent un malaise et une poésie déconcertants. Réalisé de manière insolite et secrète, cet étrange ouvrage à l’ingéniosité graphique et littéraire ravira un large public composé de révoltés de la société, de poètes en mal de reconnaissance et de fans de bande dessinée indépendante.
La forêt la plus proche de chez vous est devenue un dépotoir à ciel ouvert, la maison de votre enfance est maintenant le local d’une start-up qui conçoit des coques de portable éco-responsables. La rentrée des classes vous rappelle au devoir d’aller consommer des fournitures scolaires hors de prix pour vos enfants. Ou pire, elle vous rappelle qu’ils ont déjà fait une thèse en histoire de l’art pour finalement travailler dans un entrepôt Amazon. La seule flamme qui brûle encore en vous est celle d’une rancœur tenace contre tous ceux qui ont rendu le désastre possible, et ils vous ressemblent cruellement. Vous n’avez plus l’énergie d’imaginer un monde vivable, et regrettez le temps où votre seul souci pour la rentrée était de vous faire de nouveaux amis. A moins que…
A moins que celle-ci ne soit l’occasion de découvrir un monde de possibles fabuleux, de nouveaux potes bienveillants qui ne piétinent pas votre sensibilité et partagent de bonnes idées pour devenir une personne meilleure. A moins qu’on ne vous livre avec pédagogie des astuces pour changer votre rapport au monde, et le secret de l’univers comme cadeau de bienvenue dans un splendide tas de ruines. Antoine Boute, Stéphane De Groef et Adrien Herda seront vos nouveaux amis en cette rentrée littéraire. Ces artistes de génie ont compris notre détresse et dessiné pour nous des solutions clés en main, faciles à comprendre, pour rendre la planète à nouveau harmonieuse, sauvage et terriblement amusante. Biohardcore, en un mot. Dans un esprit de libre créativité et de jouissive vengeance, il est temps de détruire l’ancien monde, de mener à bien la révolution biohardcore. L’apocalypse DIY commence par la lecture du manuel, “de bonne humeur et désespéré” si possible, et puis les astuces pratiques s’enchaînent. Libérez des porcs de leur camion à l’aide d’un strip-tease au-dessus de l’autoroute, devenez ministre des transports pour transformer les SUV en serre ou en capsule-hôtel, financez la révolution en ouvrant un aquapark bio rempli de larmes de prolétaires… Tous ces fantasmes sont désormais à portée de main, il suffisait d’y penser!
Ce livre nécessitera cependant une lecture attentive, démêlant les énigmes poétiques d’Antoine Boute, gourou qui se moque du monde avec un sérieux imperturbable. Il n’hésitera pas à railler les quelques repères qui nous sauvent encore de la folie, dans des flots de pensées aux allures de révélation mystique, des poèmes où métaphysique et humour scabreux cohabitent, subvertissent toutes les normes à commencer par la ponctuation. Le grand capital est lui aussi vertement tancé, le langage médiatique vide de sens parodié et les grandes imprécations politiques moquées par un verbe orageux, orgiaque. L’ethnographie de la société du travail et de la consommation qui s’y dessine rehausse l’apparente farce d’une profonde tristesse en toile de fond, l’une servant de contrepoint aux excès de l’autre. C’est à nous, lecteurs-acteurs du récit, qu’il appartient de digérer les contradictions, la violence et l’obscénité qui s’en dégagent, comme nous avons l’habitude de le faire pour survivre au burn-out quotidien.
Les planches de Stéphane De Groef et Adrien Herda, aux accents publicitaires et composées à la façon des consignes d’urgences d’un avion, reprennent elles-aussi à leur compte l’ordinaire et le vulgaire pour nous vacciner contre. La famille, le foot, Amazon et les banquiers en prennent pour leur grade, un style pictographique au crayon de couleur recycle le décor de notre confortable enfer. La nature construite par l’homme, les boissons énergisantes et les centres commerciaux apparaissent plus criards et superficiels que jamais. Tout ça est défiguré, reconfiguré par un trait efficace, où les visages s’effacent, parfois remplacés par des emojis : en rêve ou de méchante humeur, nous pourrions être n’importe lequel de ces protagonistes. Les traits de construction apparaissent, la ficelle qui nous fait croire à la fiction du réel est grossière, nous le savions déjà : nous sommes sortis de la caverne, il ne nous reste plus qu’à « foutre un beau bordel ».
L’ensemble est limpide comme une recette de cuisine, efficace comme un schéma, excite nos instincts comme un marketing implacable. Chaque how-to construit comme un gag mène au suivant, l’enchaînement et ses motifs récurrents se lisent comme une histoire, sans morale de fin, dont les héros valeureux sont des orties terroristes et des sangliers radioactifs. Et vous-même, bien sûr, dans un futur proche.
Un manuel visionnaire et sauvage donc, qui retourne contre la catastrophe ambiante ses armes les plus perverses, et dont les conseils pourraient s’avérer de plus en plus utiles. Nos trois guides heurtent notre sensibilité, défoncent le bon goût avec un plaisir malsain et délicieux. Tout détruire sur leur passage dans notre cerveau malade, pour ne laisser qu’un territoire désolé et désopilant, est un moyen de faire naître chez nous, sans même que nous ne nous en apercevions, de fécondes réflexions.
LES AUTEURS :
Antoine Boute est un poète belge qui a de nombreuses publications à son actif. Il œuvre au sein de certains collectifs littéraires et enseigne la littérature et la performance dans de prestigieuses écoles d’art.
Stéphane de Groef est un plasticien belge qui a publié You Don’t Own the Road aux éditions du Frémok. Graphiste, il enseigne dans de prestigieuses écoles d’art.
Adrien Herda est un dessinateur talentueux. On a la chance de voir ses oeuvres apparaitre dans de nombreux organes de presse, de plus en plus fréquemment. Il vit à Bruxelles depuis longtemps et enseigne l’illustration dans de prestigieuses écoles d’art.

Le chateau enchanté - Atelier Mclane
Délié - Baptiste Oberson
interférence - 3 - maycec
De l'objet (comme un parcours) - Collectif, Sandra Chamaret
La traversée - Magali Brueder
Le dos des choses - Guillaume Goutal
Talweg 6 - La distance
In The Navy - Julien Kedryna
Le Choix du peuple - Nicolas Savary, Tilo Steireif
Pour voir, Emscher Park - Gaëtane Lamarche-Vadel
ICCMHW - Atelier Choque Le Goff
It was a good day - Jeremy Le Corvaisier
Tomber dans l'escalier - Jasper Sebastian Stürup
SKKS - Gilles Pourtier
Editer l’art – Leszek Brogowski
Prendre l’image, Le graphisme comme situation politique - Olivier Huz
Keywording (Post) Contemporary Art - Greta Rusttt
Turbo Decompress - Coll.
Eros negro #2 - Demoniak
Le corps travesti - Michel Journiac
Saint Julien l'hospitalier Tome 1 - Claire Pedot
Rond-point au mammouth - Sur une idée de Veit Stratmann
本の本の本 - antoine lefebvre editions,
America - Ayline Olukman, Hélène Gaudy
Imagos - Noémie Lothe
Comment quitter la terre ? - Jill Gasparina, Christophe Kihm, Anne-Lyse Renon
Hmm ! - C. de Trogoff
Photographic Fields - Joël Van Audenhaege
Il était deux fois - Gary Colin
Gros Gris n°4 - Duel
Strates & Archipels - Pierre Merle
The life of Ruben - Bernardo Sousa Santos
Aristide n°4
Radio-Art - Tetsuo Kogawa
Critique d'art n°55
Titanic Orchestra - Julien Mauve
Cuadernos - Henry Deletra
De tels baisers - Jul Gordon
Gruppen n°14 - Collectif
Pas vu Pas pris - Collectif, Olivier Deloignon, Guillaume Dégé
Dédale - Laurent Chardon
Mökki n°4
Holy Mountain - Maia Matches, Knuckles & Notch
Sights - Henry McCausland
akaBB - tribute to Roni horn
Blaclywall by Sihab Baik - Claude Closky
Norovirus - Orgie en mers chaudes - Claude Grétillat
Deep state - Mathieu Desjardins
Sans titre - Chris Kiss
The Letter A looks like The Eiffel Tower - Paul Andali
Ilya Ehrenbourg - Et pourtant elle tourne
Amos Gitai et l'enjeu des archives - Jean-Michel Frodon
Super Kiblind 3
Darkest Night - Joel Van Audenhaege
Avec ce qu'il resterait à dire - Anne Maurel
Après la révolution – numéro 1
Klima Pages #2 — Somptueuses Résidences
Pénurie - Zivo, Jérôme Meizoz
Entretiens – Jérôme Dupeyrat
La construction - Perrine Le Querrec
Aurore Colbert - Marie Mons
Le vieux père - Laurent Kropf
De lave et de fer - Laurent Feynerou
Watch out - Anne-Émilie-Philippe
Assembly - Sam Porritt
Goodbye - Hsia-Fei Chang, Sofia Eliza Bouratsis, Medhi Brit, Enrico Lunghi
The Book Fight - Chihoi
Il est si difficile de trouver le commencement - Helen Thorington 







