Ouvrier et autodidacte, le Tchèque Bohdan Holomicek rencontre en 1974 le jeune Vaclav Havel, homme de théâtre et dissident. Il photographiera son ami jusqu’à la «révolution de velours», en 1989.
Ce blond massif, échevelé et moustachu, la carrure virile étranglée dans un pantalon de velours côtelé, semble sortir d’un film de Bertrand Blier en 1976. Comme une caméra invisible, Bohdan Holomicek le suit du verger, où il transporte une échelle de bois digne du Golgotha, au salon modeste où il mène la discussion, entouré d’amis qui s’entassent joyeusement sur le canapé. Personnage récurrent, indifférent au photographe dans son ombre, il regarde la télévision d’État, décryptant la propagande en tirant sur sa cigarette, rencontre des dissidents dans des lieux humbles, organise la résistance au terrible régime communiste. Il cuisine, plie le linge au jardin. Le 29 décembre 1989, le dramaturge Vaclav Havel est élu à l’unanimité président de la République tchécoslovaque. Bohdan Holomicek est là.
Œil malicieux, il vous mitraille avant même de dire bonjour, comme un chapardeur de pommes qui ne résiste pas au plaisir du larcin. S’excuse d’un sourire et recommence. Vieil enfant hyperactif qui ne peut rester en place, Bohdan Holomicek reprend sans cesse son appareil et s’évade à tout instant de la conversation.
Né en 1943 à Sienkiewiczowka (Ukraine) d’une mère ukrainienne et d’un père tchèque, il émigre à la fin de la guerre avec sa famille à Mlade Buky, un gros bourg à la frontière entre Pologne et République tchèque, laissé libre par le départ forcé des Sudètes. Une région montagneuse où il vit toujours, dans le logement de fonction de la petite centrale d’électricité, où il fut électricien jusqu’à la retraite, «une toute petite retraite d’ouvrier». Aucun artifice chez cet homme aux ongles noirs, sans atours ni morgue, mais le charme inné du séducteur.
Il fabrique lui-même ses pellicules.
«J’ai quitté l’école à 13 ans. Dans mon village, je passais devant un magasin où trônait un petit appareil photo. J’étais apprenti électromécanicien. La photographie m’intriguait, pas pour son côté technique, mais pour le rapport de l’image avec les yeux, l’âme, le cœur. J’avais l’équivalent de 2 € en poche, l’argent des courses. Je l’ai acheté. Ma mère m’a demandé : “Où est l’argent ?” J’ai montré l’appareil. Mon père, ouvrier, subsistait avec un petit lopin de terre. Il m’a obligé à rendre l’appareil. Le Noël suivant, en 1957, il m’offrait une caméra russe à 10 € ! J’ai utilisé toute la pellicule en un jour. Pendant très longtemps, j’ai gardé le même appareil. Je suis toujours aussi surpris quand, dans la chambre noire, l’image surgit du négatif. Je n’ai jamais pu arrêter de photographier», raconte cet autodidacte dont les images respirent comme la vie (elles font l’objet d’un splendide montage L’Aurore sur une musique de Raduza, NDRL).
«Son seul contact avec la photographie passe, à cette époque, par la lecture des magazines déposés dans un conteneur de récupération et que le jeune garçon passe des heures à regarder», explique son découvreur et éditeur, le Breton Paul Cottin, qui lui a consacré un catalogue passionnant aux Éditions GwinZegal, à Plouha (Côtes-d’Armor). Le jeune Bohdan y apprend la composition tout seul, retient ce qui lui sert, jette le reste aux oubliettes. Il trouve du film au mètre et une machine à perforer, il fera lui-même ses pellicules, trouvant ainsi la liberté de photographier autant qu’il lui plaira. En 1974, Bohdan l’ouvrier rencontre chez Jana Hoskova, une amie libraire à Trutnov, le dramaturge Vaclav Havel et son épouse, Olga, dont la maison de campagne voisine, à Hradecek, accueille tous les intellectuels aux champs et qui deviendra un lieu incontournable de la dissidence.
Bohdan a toujours «son appareil dans son sac à dos». Il partage bientôt l’intimité de ce petit groupe à la fois privilégié et persécuté, gardant intacts son admiration et sa distance naturelle, d’où la qualité de son témoignage. «Bohdan Holomicek, mon ami de très longue date, m’a accompagné pendant de longues années tout en photographiant les principaux acteurs de la dissidence et moi-même, à une époque où le régime totalitaire pesait de toute son autorité», a écrit en son honneur Vaclav Havel en mai 2009. «Son rôle de photographe ne fut guère aisé. L’unique récompense à laquelle il eut droit fut poursuites, vexations et soucis de subsistance. Je trouve miraculeux qu’il ait pu sauvegarder ses archives malgré l’intérêt de tous les instants de la police secrète.» La vie des autres, encore une fois.
Un objectif sur les traces de Vaclav Havel, article de Valérie Duponchelle, Le figaro (17/08/200)
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Essai de Christian Caujolle
126 pages

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