musicographisme est une performance éditoriale questionnant la relation au temps, à la répétition et au motif. Une manière de « parler musique ».

Ton projet musicographisme est né comment ?

En 2017, j’ai collaboré avec l’artiste Sergej Vutuc sur le projet 25:00, questionnant l’appropriation des différentes couches sonores à travers l’image, notamment en mélangeant la photographie, le graphisme et le collage afin de composer avec l’esthétique de la musique ‘noise’ ; il en est sorti une cassette audio et cinq publications

musicographisme est la suite logique de cette réflexion graphique et sonore.

Etant intéressée par la notion de répétition dans ces deux domaines, je suis tombée sur le morceau pour piano Vexations créé par Erik Satie en 1893 où il est question de rejouer la même partition 840 fois à la suite. sacré performance !

Je trouvais intéressant de relever ce challenge, de développer cette relation visuelle et sonore en y intégrant une perspective architecturale avec une installation sculpturale, comme une sorte de cabane à imprimer où le procédé d’impression correspond au mécanisme d’un instrument de musique ainsi que sa sonorité. L’intention est aussi de créer avec ce projet d’édition des collaborations avec des musiciens imposant leur esthétique musicale. Pour cette première session, Vonverhille, un ami et fondateur du label Maturre basé à Berlin, a réinterprété, en direct pendant le vernissage et ce durant environ deux heures et demi, l’oeuvre d’Erik Satie.

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Satie a été remis au goût du jour par les artistes conceptuels et minimalistes qui semblent être une inspiration dans ta pratique, quelles sont ces influences, notamment dans l’écriture de partition graphique ?

Peut-être dû à mon métier de graphiste, je suis facilement attirée par le courant constructiviste et le Bauhaus, les formes géométriques, le travail de la ligne, les dispositions graphiques relatives à ces mouvements.

Evidemment il y a des grands noms comme Iannis Xenakis, Earle Brown, John Cage… Daphne Oram et sa machine Oramics m’inspirent beaucoup, notamment pour un projet futur avec musicographisme, qui permettrait d’approfondir cette démarche.

J’ai vu que dans tes précédents travaux tu avais déjà travaillé en lien avec la musique et plus particulièrement le son. Quelles sont ces liens que tu crées avec ta pratique éditoriale et plastique ?

Étant une piètre musicienne, je pouvais seulement apprivoiser la musique avec des outils que je connaissais. Ca m’a permis d’appréhender ce domaine autrement et de l’adapter à travers une approche graphique en l’expérimentant avec différentes techniques d’impression. une autre manière de « parler musique ». 

La musique de Satie crée une contrainte physique dans sa partition, les musiciens devant se relayer pour jouer la pièce entièrement. Toi-même dans la réalisation de ce livre tu t’es impliquée physiquement, peux-tu nous raconter cette performance que tu as faite en Allemagne. Quelle place joue la machine ?

Le polycopieur est une machine au système d’impression manuelle par transfert d’encre via l’alcool. Il est un des éléments les plus importants de cette performance retranscrivant l’idée de la répétition et du mécanisme de l’orgue de barbarie dans son geste. Le son du polycopieur est aussi intéressant. Chaque rotation crée un son différent en fonction de la pression et de la vitesse du geste. Comme chaque impression est aléatoire au niveau de l’encre diffusée. Pour produire la partition graphique de Vexations sur les 840 pages en direct, il m’a fallu six heures. Au début, l’odeur de l’alcool rappelle l’école primaire mais au bout d’un moment, j’étais plutôt nauséeuse !

Par l’imprimé, tu impliques le lecteur dans cette performance qui devient à son tour lecteur de la partition. Quelle expérience de lecture as-tu voulu donner, notamment dans l’élaboration du livre ?

La partition graphique avec la répétition de son motif illustrant les 52 mesures et divisé en treize temps, symbolise certains éléments de Vexations comme l’accumulation du temps, cadence, endurance et minimalisme. Pendant l’exposition et notamment le vernissage, le public pouvait déambuler au milieu des 840 pages qui étaient imprimées et accrochées au fur et à mesure, les murs de Gr_und devenaient alors une partition murale. Ils pouvaient prendre le temps de se mettre à l’aise avec le dispositif visuel et auditif, voire même olfactif avec les émanations d’alcool du polycopieur ! Dans tous les cas, ils participaient à la naissance de ces éditions.

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Quelle possibilité la répétition du motif dans l’œuvre, qu’elle soit auditive ou visuel, peut-elle ouvrir selon toi ?

une sorte d’hypnotisation peut-être ! Le principe de rotation de la machine à imprimer amène à cette forme de répétition de part son geste et le motif récurrent qu’elle duplique. Pour autant le motif qui apparaît n’est quasiment jamais le même, du moins rarement imprimé à la même place. Le propos est de travailler avec l’essentiel. partant d’un certain minimalisme avant d’arriver à une accumulation imparfaite dûe à cette répétition qui amène parfois à des hallucinations auditives ou visuelles.

Concernant le morceauVexations, j’avais lu qu’Erik Satie avait créé ce morceau suite à une peine de coeur. Je ne sais pas si il y a un rapport avec tout ça.

Tes interferences procèdent similairement par la reproduction du même minimalisme graphique que tu viens rejouer à chaque fois de manière différentes dans la fabrication. Peux-tu nous expliquer la démarche que tu souhaitais mettre en oeuvre ?

Pour ce projet il s’agit d’une réflexion sur la perturbation visuelle. C’est une série de petites éditions au format A5, mélangeant des formes géométriques, plusieurs couleurs et différentes techniques d’impression (risographie, reprographie) avec en plus des découpes à l’intérieur des pages renforçant l’illusion d’optique, un effet de surprise ou dérangeant pour l’oeil.

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Chaque édition est unique car tout est fait à la main. Même l’impression est réalisée à la maison ! ça ouvre d’infinies possibilités de jeu de formes, de travail de l’image, de recherches de composition, de choix de papier, d’expérimentation au niveau de l’impression. J’aimerai développer le concept au maximum mais tranquillement.

Quelles sont tes projets à venir ?

À la suite de cette première exposition réalisée à Gr_und en Novembre 2018, j’ai décidé de créer les éditions musicographiques présentant alors les publications uniques imprimées pendant cette expérience éditoriale performative ainsi que la cassette, en édition limitée de la performance sonore de Vonverhille. Le lancement se fera à 本 hon books le 23 février. J’ai quelques idées de collaboration pour la suite. Ca reste à décider. Puis je vais travailler sur interference #4 en intégrant cette fois-ci la photographie argentique pour un lancement à Miss Read, Berlin en Mai.

Lancement des éditions musicographiques – maycec –  hon books – 23 février

maycec :

http://www.maycec.com/
&
https://leseditionsmusicographiques.bandcamp.com/releases
&
https://www.instagram.com/les_editions_musicographiques/

Voir les Éditions de maycec
12,00 

plays with different sizes of paper, modifying the shape of patterns and disturbing the first vision.

12,00 

uses more specifically a work on color, interaction between warm and cold ones, from the enlargement of a photograph.